Vous n'avez jamais créé de compte sur gowork.fr. Pourtant, une page à votre nom y existe, avec votre adresse, votre activité, et souvent quelques avis négatifs que vous ne reconnaissez pas. Puis le téléphone sonne : un commercial vous explique que la page est consultée, que ces avis vous font du tort, et qu'un abonnement mensuel vous permettrait d'en « reprendre le contrôle ».
Ne signez rien. Il existe une méthode gratuite pour faire disparaître la page entière, pas seulement un avis. Elle demande deux courriels, un peu de patience, et zéro euro.
Je la connais de l'intérieur. J'ai été commercial chez GoWork, sur le marché français, jusqu'en août 2026. Mon travail consistait à vendre des abonnements aux entreprises présentes sur la plateforme. Mais quand une entreprise individuelle m'appelait, désemparée, pour une page qu'elle n'avait jamais demandée, je lui ai expliqué cette méthode plutôt que de lui vendre quoi que ce soit. Gracieusement. À chaque fois qu'elle a été appliquée, elle a fonctionné. C'est cette méthode que je détaille ici.
La méthode en 30 secondes
- Vérifiez qu'au registre officiel (INPI), votre entreprise est enregistrée à vos nom et prénom : c'est le cas de toutes les entreprises individuelles et micro-entreprises.
- Écrivez à fr@gowork.com pour demander que la page affiche votre nom légal (nom et prénom) à la place du nom commercial.
- Une fois la page renommée, elle porte des données personnelles. Écrivez de nouveau pour demander son effacement au titre du RGPD.
- Sans réponse sous un mois, saisissez la CNIL.
Le reste de cet article détaille chaque étape, avec les modèles de courriels à copier.
Pourquoi votre entreprise est sur GoWork sans votre accord
GoWork ne vous a pas demandé votre avis. La plateforme crée des pages sur des entreprises françaises à partir des données publiques des registres : nom, adresse, activité, numéro Siren. Les internautes y déposent ensuite des avis, anonymes, sans avoir à prouver qu'ils ont été clients ou salariés.
Le modèle économique repose sur ce que ces pages font ressentir à l'entreprise notée. Une page sans avis négatif n'intéresse personne. Une page avec trois avis à une étoile, c'est un prospect. Le commercial vous appelle pour vous vendre un abonnement censé vous aider à « gérer » ces avis.
Voilà pourquoi il faut comprendre ceci : vous n'avez rien à gagner à payer pour une page que vous n'avez jamais demandée, et que la loi vous permet, dans bien des cas, de faire supprimer.
La faille : nom commercial contre identité légale
Tout repose sur une distinction simple.
- Une société (SARL, SAS, EURL) est une personne morale. Son nom n'est pas une donnée personnelle. Le RGPD ne s'applique pas à la page elle-même.
- Une entreprise individuelle, micro-entreprise comprise, n'a pas d'existence séparée de vous. Au registre national des entreprises tenu par l'INPI, elle est enregistrée à vos nom et prénom. L'entreprise, c'est vous.
Or GoWork affiche souvent le nom commercial ou l'enseigne (« Plomberie du Centre », « Martin Rénovation ») plutôt que votre identité légale. Tant que la page s'appelle ainsi, la plateforme peut soutenir qu'elle parle d'une entreprise, pas d'une personne.
La méthode consiste à faire correspondre la page à la réalité du registre. Une fois qu'elle s'intitule « Jean Martin », elle devient ce qu'elle est vraiment : une page sur une personne physique, nommée, avec son adresse. Et sur ce terrain, le RGPD vous donne des droits que GoWork ne peut pas ignorer.

Avant de commencer : vérifiez votre registre
Allez sur data.inpi.fr ou annuaire-entreprises.data.gouv.fr et cherchez votre numéro Siren. Vérifiez deux choses :
- la forme juridique : entrepreneur individuel (ou micro-entrepreneur) ;
- l'identité affichée : vos nom et prénom.
Téléchargez au passage votre extrait d'immatriculation au registre ou votre avis de situation Insee. C'est la pièce qui prouve que le nom légal de l'entreprise est le vôtre.
Faites aussi une capture complète de la page GoWork : adresse de la page visible, date du jour, nom affiché, avis présents. Gardez-la. Vous en aurez besoin si la plateforme traîne.
Étape 1 : demander que la page porte votre nom légal
Écrivez à fr@gowork.com, depuis l'adresse professionnelle qui figure sur vos documents si possible. Restez sobre et factuel : vous demandez une simple mise en conformité avec le registre officiel.
Objet : mise à jour du nom de la page [adresse de la page]
Bonjour,
Je suis entrepreneur individuel, immatriculé sous le numéro Siren [numéro]. La page [adresse exacte de la page sur gowork.fr] présente mon entreprise sous le nom « [nom commercial affiché] ».
Au registre national des entreprises, mon entreprise est enregistrée à mes nom et prénom : [Prénom Nom]. Je vous joins mon extrait d'immatriculation.
Je vous remercie de mettre à jour le nom de la page afin qu'il corresponde à l'identité légale de l'entreprise, telle qu'elle figure au registre.
Cordialement, [Prénom Nom], [téléphone]
Joignez l'extrait d'immatriculation et la capture de la page. Notez la date d'envoi.
Une plateforme qui dit s'appuyer sur les données des registres a du mal à refuser d'afficher les données exactes du registre. C'est précisément ce qui rend la méthode efficace.
Étape 2 : demander l'effacement au titre du RGPD
Dès que la page affiche vos nom et prénom, faites une nouvelle capture, puis envoyez la demande d'effacement. Elle s'appuie sur deux articles du règlement européen :
- l'article 21, droit d'opposition : vous vous opposez à ce que vos données personnelles soient traitées ;
- l'article 17, droit à l'effacement : vous demandez que les données qui vous concernent soient supprimées.
Objet : demande d'effacement de données personnelles (articles 17 et 21 du RGPD)
Bonjour,
La page [adresse de la page] est désormais publiée sous mes nom et prénom, [Prénom Nom], conformément au registre. Elle contient des données personnelles me concernant : mon identité, mon adresse et des commentaires qui me visent personnellement.
Je n'ai jamais consenti à la publication de cette page. En application des articles 17 et 21 du RGPD, je m'oppose au traitement de mes données personnelles et vous demande de supprimer cette page dans son intégralité, ainsi que toute donnée me concernant.
Je vous remercie de me confirmer la suppression dans le délai d'un mois prévu par l'article 12 du RGPD. À défaut de réponse dans ce délai, je saisirai la Commission nationale de l'informatique et des libertés.
Cordialement, [Prénom Nom]
La plateforme a un mois pour répondre. Elle peut prolonger de deux mois en cas de complexité, mais elle doit alors vous en informer dans le premier mois, en expliquant pourquoi.

Étape 3 : relancer, puis saisir la CNIL
Sans réponse au bout d'un mois, envoyez une relance courte qui reprend la date de votre première demande. Puis, si rien ne bouge ou si l'on vous oppose un refus que vous jugez injustifié, déposez une plainte sur cnil.fr/plaintes.
Votre dossier tient en quatre pièces : la capture initiale, la capture après renommage, vos deux courriels datés, et votre extrait d'immatriculation. La CNIL demande d'avoir d'abord exercé vos droits auprès de l'organisme : c'est exactement ce que vous aurez fait.
La CNIL a déjà sanctionné un annuaire en ligne de professionnels qui ne donnait pas suite aux oppositions des personnes listées, en rappelant que le nom et les coordonnées d'un professionnel sont des données personnelles, même quand ils figurent ailleurs sur Internet.
Bonus : empêcher que la page revienne
Une fois la page supprimée, vous pouvez verrouiller la source. L'Insee permet à tout entrepreneur individuel de passer en diffusion partielle sur statut-diffusion-sirene.insee.fr, avec FranceConnect. Sous 48 heures, vos nom, prénoms, enseigne, nom commercial et adresse exacte ne sont plus diffusés au public par le répertoire Sirene.
C'est un choix à peser : vous disparaissez aussi des annuaires utiles qui puisent dans Sirene. Pour un artisan qui vit de sa fiche Google et du bouche-à-oreille, c'est rarement un problème. À faire après la suppression, pas avant : l'étape 1 suppose que votre nom légal soit consultable.
Ce qu'on vous dira au téléphone, et ce qu'il faut savoir
Le commercial vous appellera, souvent au moment où des avis négatifs viennent d'apparaître. Il vous parlera de visibilité, de clients perdus, de la possibilité de « gérer » ces avis avec un abonnement. Voici ce qu'il ne mettra pas en avant :
- Signaler un avis est gratuit. GoWork l'écrit dans son propre rapport de transparence : un avis se signale avec l'icône en forme de drapeau placée dessous, sans compte payant.
- Un compte entreprise gratuit existe. Il permet de répondre aux avis et de les signaler, comme un compte payant. On ne vous le proposera pas spontanément.
- L'abonnement ne fait pas disparaître les avis. La page publique de GoWork affirme d'ailleurs qu'aucun avis n'est supprimé contre rémunération. Si on vous promet le contraire, demandez-le par écrit.
- Ce que vous payez en plus, c'est surtout de la publicité : une bannière, des photos, une présentation enrichie. Sur une page que très peu de gens consultent, l'intérêt est faible.
En clair : à part la bannière publicitaire, il y a très peu d'intérêt à payer. Et pour faire disparaître la page, la méthode ci-dessus ne coûte rien.
Méfiez-vous aussi des « services de suppression »
En cherchant une solution, vous tomberez sur des sociétés qui proposent de supprimer votre page GoWork contre plusieurs centaines d'euros. Certaines font sans doute un travail sérieux. Mais pour un entrepreneur individuel, ce qu'elles facturent tient souvent en deux courriels que vous pouvez envoyer vous-même, avec les modèles ci-dessus.
Et si vous êtes en société ?
La page entière ne relève pas du RGPD : le nom d'une SARL ou d'une SAS n'est pas une donnée personnelle. Mais tout n'est pas perdu :
- si la page ou un avis affiche votre nom de dirigeant, cette mention est une donnée personnelle, dont vous pouvez demander l'effacement de la même façon ;
- si un avis nomme un salarié, ce salarié peut lui-même en demander l'effacement, puis saisir la CNIL ;
- chaque avis contestable peut être signalé gratuitement ;
- un avis qui vous impute un fait précis et faux peut relever de la diffamation, avec un délai d'action court : trois mois en principe après la publication.
Questions fréquentes
Est-ce légal de demander la suppression ? Oui. Vous exercez des droits prévus par le RGPD, qui s'impose à toute plateforme qui traite des données de personnes situées dans l'Union européenne.
Combien de temps faut-il compter ? Le renommage dépend de la réactivité de la plateforme. Pour l'effacement, le RGPD fixe un délai de réponse d'un mois, prolongeable de deux mois avec justification.
GoWork peut-il refuser ? La plateforme peut invoquer son intérêt légitime ou la liberté d'expression des auteurs d'avis. C'est alors à la CNIL de trancher. Un dossier propre, avec le renommage obtenu et vos courriels datés, pèse lourd.
Faut-il passer par un avocat ? Non, pas pour ces démarches. Un avocat devient utile si un avis est diffamatoire et que vous voulez agir en justice, ou identifier son auteur.
Le signalement gratuit suffit-il ? Pour un avis précis, c'est la première chose à faire. Mais il ne supprime pas la page. La méthode décrite ici, si.
Besoin d'aide pour votre cas ?
Chaque page GoWork est un peu différente : nom affiché, forme juridique, avis présents. Envoyez-moi l'adresse de votre page via le formulaire de contact : je vous dis gratuitement si la méthode s'applique à votre situation, et par où commencer. Et si vous voulez aller plus loin, je m'occupe aussi de ce qui compte vraiment pour vos clients : votre fiche Google et vos avis.
Sources : RGPD, articles 12, 17 et 21 ; CNIL, « Le droit d'opposition » ; Insee, « Demander la modification de son statut de diffusion » ; INPI, registre national des entreprises ; rapport de transparence GoWork.fr (17/06/2026).

